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14.11.2006
les ruelles de bristol (deuxieme partie)
Le théâtre de Vienne (Isère), un soir de juillet : vue sur le pilat, soleil couchant, et vieilles pierres à foison : Un lieu chargé d'histoire, cadre idéal pour une soirée elle aussi historique, puisqu'on attend sur scène les créateurs du trip hop. Massive attack, pour moi le plus grand groupe au monde, un groupe dont je ne me suis jamais détaché depuis 91 et la parution du précurseur blue lines. Je ne suis pas seul. Avec moi quelques 6000 spectateurs, soit la capacité maximale du lieu. Et première constatation, ce n'est vraiment pas un public de connaisseurs. Nous avons croisé Daddy G dans la foule alors que nous attendions pour entrer et personne ne fut en mesure de le reconnaître, hormis moi. Un voisin d'attente ma même glissé : "je me demande si c'est pas mushroom".Pour ne pas le froisser, je lui ai gentiment répondu que mushroom avait déserté le groupe depuis la sortie de mezzanine.
En première partie, nous avons droit à un set assez inégal de Archive, un peu à l'image de la carrière de ce groupe. Un premier disque très bon (londinium) avec la diva roya arab à la voix et puis après divers égarements vers des sonorités plus classiques. La fin de leur concert est plus enlevée avec notamment un "again " énergique. Daddy G, encore lui, est venu s'asseoir à coté de nous pour les écouter et semble-il, il a apprécié. Bref il est 22 heures. Sur scène on prépare le matos et nous on attend. On attend 3D et ses comparses. On attend Horace Andy sûrement et des voix féminines. On espère entendre Angel ; teardrop, inertia creeps, risingson et surtout karmacoma, ce chef d'oeuvre absolu.
Il y a de l'excitation et de la chaleur. L' air est moite et enfumé comme si vienne avait voulu se mettre à l'unisson de bristol et de l'atmosphère si particulière des morceaux à venir. Lorsque la lumière s'éteint puis se rallume, les musiciens (2 batteurs, un guitariste, un bassiste plus un gars aux claviers) font leur entrée suivis immédiatement par 3D seul, comme un symbole car c'est bel et bien lui qui tient désormais les manettes de massive attack. Les premières tonalités nous parviennent et on sait dès lors que le morceau d'ouverture va être false flags, un morceau incendiaire (voir le clip !) issu de la compilation sortie cette année. On entre tout de suite dans le vif du sujet avec la mélodie voluptueuse, le labyrinthe de sons, le phrasé rapide de 3D et la noirceur du morceau bien épaulé en cela par un jeu de lumière sombre et vif. Bienvenu dans l'univers de massive attack.
On n'oublie pas cependant que la musique de massive attack dégage aussi de la chaleur et on va en avoir une preuve éclatante avec le morceau suivant car voilà que Daddy G s'avance sur scène pour rejoindre 3D et pour poser sa voix rocailleuse sur un risingson de toute beauté. Les lignes de basses sont de sortie, le ping pong vocal fonctionne à merveille et là pas de doute le charme agit. La suite tient du rêve. Avant de quitter la scène, 3D fait une annonce au micro. Je n'entends pas les premiers mots mais je comprends bien les derniers : "elisabeth fraser on stage with us ".......... J'ai versé une larme. Je sais pas, je suis peut être trop émotif ou trop sensible. Le bonheur absolu assurément. Il faut quand même le reconnaître. Cette fille est une sirène auquelle on ne résiste pas et jamais les morceaux de massive attack n'ont atteint autant de plénitudes et de profondeur que lorsque l'égérie des Cocteau twins les a interpreté. Un rêve, je vous dis. Je sais pas pourquoi mais en la voyant entrer je m'attendais à une interprétation de teardrop mais l'entame me donne tort.
C'est black milk et si le morceau est méconnaissable par rapport à celui paru sur mezzanine, c'est parce quil est ici interprété dans sa version remixé black belt sortie sur le collected de l'année. On est toujours en apesanteur suspendu à la voix de miss fraser mais le morceau est plus tonique, plus rythmé et plus jazzy dans le final. Liz quitte la scène mais comme un bonheur n'arrive jamais seul, voilà que revient le duo 3D-Daddy G pour ce que je considère comme un petit chef d'oeuvre (certainement mon morceau favori dans leur discographie : Karmacoma. C'est chaud, c'est intrigant, c'est inquietant, c'est lanscinant, c'est hypnotisant, c'est bouleversant. Jamaiqua aroma ! Initialement interprété par tricky kid sur l'album protection, jamais ce morceau n'avait atteint une telle altitude que dans cette version live auquelle nous assistons.
S'ensuit butterffly caught qui pour moi marque une petite accalmie tout simplement parce que jaime moins ce morceau presque trop electro, ce qui n'est pas illogique puisqu'il émane de l'album 100th windows, de loin le disque le moins abouti du groupe, 3D étant seul à produire ce disque là. On l'attendait.il est là. On revient à du classique avec l'arrivée de Monsieur Horace, incontournable de l'oeuvre de massive. Et d'ailleurs comme pour mieux souligné l'aspect historique du moment, Horace Andy s'installe derrière un micro pour une version du morceau qui la relancé : Hymn of a big wheel.Enfin un morceau du mythique album blue lines. Las, Horace Andy a un peu vieilli depuis 91 et sa voix aussi. Cet hymne à la vie est chahuté, tourmenté mais Horace s'en tire tout de même, esquissant au passage quelques pas reggae pour pas qu'on oublie d'où il vient
The big wheel keeps on turning
On a simple line day by day
The earth spins on its axis
One man struggle while another relaxes
Décidément Mezzanine est l'album omniprésent de la soirée et on y revient avec le titre éponyme. Robert del naja est seul pour ce titre qui me fait une bien meilleur impression que sur disque. La fin est crescendo et assez envoûtante et le public adhère en masse. Petite accalmie dans la noirceur. C'est liz fraser qui est chargé de nous sortir des ténèbres et lorsqu'elle réapparaît cette fois ci je ne me trompe pas. Les premiers beats sont bien ceux de teardrop . Rien à dire sur ce morceau dans un format standard, c'est à dire fidèle à la version album si ce n'est que cest encore et toujours un pur enchantement.
J'ai coutume de juger la qualité d'un concert aux souvenirs que je peux en garder des jours, des mois voire des années après et je suis un peu près certain de ne jamais oublier ce teardrop de toute ma vie. Cest dire si ce fut bon. Un ange laisse place à un autre. Liz sur le chemin des coulisses croise Horace Andy, de retour pour un second morceau et cette fois, sa prestation est beaucoup plus convaincante. Difficile de ne pas succomber à cet "Angel" lumineux et très habité. Même l'univers sonore , sombre et caverneux de ce morceau nempêche pas Horace de nous transporter sur le crépuscule
"youre my angel , come from way above to bring me love"
Retour à 100th windows avec future proof, sûrement le meilleur morceau de cet album mais loin dêtre le meilleur de la soirée. Bon je sais, ya un peu de partie pris mais il faut quand même dire quon regrette un peu que 3D ait sur 100th windows à ce point délaissé les tonalités chaudes et noires pour d'autres beaucoup plus blanches et cristallines. Mince Massive attack ce n'est pas bjork et les bas quartiers de bristol ne ressembleront jamais aux vastes étendues islandaises.
On a bien compté. Sur scène, il y a 5 micros et jusquà présent seul 4 d'entre eux ont été utilisés. Et comme on approche de la fin, il est temps d'accueillir le dernier invité. On se doute qu'il va s'agir dune femme (question de feeling !) Et on fait vite le tour de la question. Liz fraser (déjà là) , Tracey thorn ( ça serait surprenant ) , sinead oconnor (on espère que non ) shara nelson (en congés du groupe depuis blue lines ) .Reste donc nicolette, dot alison et deborah miller. C'est cette dernière qui fait son apparition pour un safe for arm quasiment égal à celui d'origine et interprété par shara nelson. Pour contrebalancé le morceau, des messages anti bush défilent sur l'écran lumineux comme pour bien souligné que massive attack (et 3D en particulier ) est un groupe engagé. La fin s'envole dans des sphères nuageuses et on se dit que ce morceau ferait un final épatant
D'ailleurs c'est ce qui se passe puisque massive attack décide de nous quitter là dessus. Le public se lève et incite le groupe à revenir, ce qui est quasiment acquis dès le départ. C'est 3D qui revient en premier pour un morceau de rupture .Comme sur mezzanine, inertia creeps se démarque de ces congénères par une mise en avant des guitares et un petit pas en direction du post rock. Je sais pas si la rupture est trop prononcé mais j'ai un peu du mal. Heureusement la bifurcation est de courte durée puisquon retourne aussitôt après en direction de bluelines. On se rappelle le clip de unfinished sympathy et ce long plan séquence de shara nelson marchant dans les rues de bristol . La version live nous fait un peu cet effet là. Déborah Miller nous entraîne avec elle dans sa promenade et on la suit sans problème. Dans cette escapade, il y aussi daddy G pour nous accompagner. Ce dernier se retire définitivement pour laisser liz et 3d, seuls sur scène.
Et quand on entend les pales dhélicoptères de group4, on sait bien que la fin du concert est proche, ce morceau et sa mélodie persistante constituant un parfait final. Le morceau prend peu à peu de l'ampleur et se termine dans un déluge de guitares qui fait passer archive pour un groupe d'ados débutants. Puis 3D quitte la scène à son tour et nous laisse avec ce final très rock, diabolique et interminable. Cest chose courante pour massive attack de laisser les clés du concert aux musiciens et croyez-moi, ils l'apprécient et s'en donnent à coeur joie. Finalement c'est liz , qui commence à se lasser sur scène, qui marque la fin des hostilités. Comme dans un spectacle, les acteurs viennent saluer la foule. J'aurais aimé prolonger la rêverie encore un peu mais les personnes du public s'en vont et je pars avec eux.
Alors quoi, comment dire. J'avais déjà vu massive attack on stage. Je connais leurs morceaux sur le bout des doigts et je peux vous raconter l'histoire de ce groupe sans aucunes difficultés. Je sais aussi que jamais le groupe n'avait atteint un tel sommet d'émotion, de sensation, de frissons à fleur de peau. Ok je m'emballe peut être, mais que voulez-vous, massive attack et moi, on a fait un bout de chemin ensemble et je crois que c'est pas près de s'arrêter.
N'en déplaise à ceux qui estiment que 3D est le moteur du groupe et qui pensent que 100th windows est un très bon album, massive attack n'a jamais été aussi touchant que lorsqu'il se retourne sur son passé Ce n'est pas pour rien si dans la setlist il y a deux morceaux de 100th windows pour sept de mezzanine. L'essence de ce groupe c'est l'origine des membres, la diversité des cultures et le mélange des genres. Alors éteignez votre ordinateur et allez écouter blue lines, protection et mezzanine, vous verrez c'est jouissif et vous vous en remettrez jamais vraiment.
13:26 Publié dans blue lines | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : massive attack concert vienne liz fraser



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